( L'antre du Vampire )

Après s’être adonnée aux joies du repas, Iss reprit sa route. Il était temps de rentrer. L’aurore commençait à pointer son nez et elle ne voulait pas se laisser prendre par la naissance du soleil.

Presque exténuée par cette nuit, elle avait une hâte encore plus grande que d’habitude de renter chez elle.

Elle voyait enfin, en haut de la rue, les prémices de sa propriété. Un énorme portail en fer forgé, rouillé par le temps, usé par la pluie, neige, vent et autres phénomènes météorologiques.

Elle poussa lentement le lourd portail. Le grincement strident qu’il produisit vint caresser les oreilles de la vampire. Quel doux bonheur que d’être chez soi !
Son long manteau noir caressait les hautes herbes de l’allée centrale. Les fleurs et feuilles fanées jonchaient le sol. Apparemment, il y avait bien des années que l’on ne s’était occupé de ce jardin. Arrivée à hauteur de la porte d’entrée, Iss bifurqua vers la droite, pour contourner le bâtiment. Elle était maintenant à mi-longueur de la bâtisse. Elle s’arrêta devant un soupirail et l'ouvrit. De manière féline, elle glissa par l’ouverture et la referma derrière elle. Elle savait que le manoir était visité par des curieux, ils avaient parfois fait les frais de sa faim. Mais elle préférait conserver l’apparence « abandonnée » du lieu.

Elle se trouvait dans une salle souterraine, aux voûtes arrondies, et dont les vieilles pierres s’effritaient au fur et à mesure du temps. Les araignées et autres nuisibles avaient remplacé les réserves alimentaires. Elle se dirigeait maintenant vers une petite porte véreuse. Elle la poussa du bout des doigts et entama l’ascension d’un escalier en colimaçon.

Arrivée à l’étage, elle pénétra dans le hall d’entrée. Celui-ci était assez vaste et de longues tentures d’un rouge pourpre pendaient jusqu’au sol. Vestiges d’un passé omniprésent dans la demeure, des statues ornaient les pilotis des doubles escaliers. Le damier au sol était recouvert d’une épaisse couche de poussière qui se soulevait à chaque pas de la vampire.

Elle monta les escaliers, deux à deux, pressée de se retrouver dans ses appartements. Elle avait gardé cette habitude. Vivre dans les appartements que lui avait offert son époux, le Marquis De La Gardère.

Iss arriva au niveau suivant. Un long couloir s’offrait à elle. S’engouffrant à pas rapides, elle quitta son pardessus et le tenait maintenant dans ses bras. Elle arriva à une énorme double porte, taillée dans un bois massif.
Iss posa une main sur chaque battant et les poussa.

La pièce ressemblait à une sorte de petit salon. Elle jeta son manteau dans un des fauteuils et passa dans une autre pièce. Ici se trouvait une impressionnante bibliothèque. Des milliers de livres couvraient les murs. Quelques tables étaient disposées ça et là. Des nombreux fauteuils, à l’allure confortable, étaient éparpillés un peu partout dans la salle. Un imposant globe terrestre trônait sur l’une des tables.


Elle finit par arriver dans une autre petite pièce. La musique était à l’honneur dans celle-ci. Un clavecin, quelques violons et surtout, une harpe gaélique, posée sur son pied. Iss avait pris soin de l’épargner de la poussière qui recouvrait le sol en la mettant sur une petite table à pied centrale. La vampire posa quelques instants son regard sur l’instrument.

- « Bonjour ma Belle… », murmura-t-elle en la caressant du bout des doigts. Elle continua son chemin et arriva enfin dans sa « chambre ». Enfin ce qui restait de sa chambre. Ayant changé de nature, elle l’avait adaptée en fonction de ses nouveaux « besoins ».

La pièce était assez vaste. Au centre, un énorme lit à baldaquin, aux draperies couleur bleu nuit. Sur les cotés, étagères et armoires se succédaient. Une petite table ronde était postée près de la fenêtre ouverte donnant sur le balcon. De longs voiles blancs valsaient avec le vent.

Il était temps qu’Iss se couche. Elle détourna son regard de la fenêtre et le posa sur la partie la plus sombre de la pièce. Là, dans le fond, son « lit » l’attendait. A la lueur de la Lune, ses formes se dessinaient. Il était massif. Taillé dans un bois plus qu’opaque. Son cercueil.

Depuis sa mort, elle ne pouvait plus dormir dans un vrai lit. Elle ne se sentait plus humaine. De toute façon, elle ne l’était plus… Puis elle avait appris à aimer ce sentiment d’enfermement, d’étouffement… La fermeture presque hermétique de son cercueil était, finalement, devenue une satisfaction. Elle craignait les morsures de l’astre de midi, comme tous ses semblables.

Elle aurait voulu faire un brin de toilette avant de rejoindre Morphée. Elle sentait le sang séché sur ses joues. Mais elle n’en avait plus le temps. Résignée à se coucher, elle se débarrassa de ses vêtements par des gestes élégants. Puis elle enfila une sorte de chemise de nuit en dentelle, blanche comme la neige.

Enfin elle sentait le contact du velours mauve sombre qui calfeutrait l’intérieur de son cercueil. Il ne manquait plus qu’à refermer le couvercle.

Le noir était absolu.
Dernière mise à jour de cette page le 06/05/2005

Créer un site internet gratuit avec E-monsite.com - Signaler un contenu illicite - Voir d'autres sites dans la catégorie Pages personnelles
Videos Droles - Clips musique - Cours création de site web