Dans Apei

"L'amour est une chimère
Je voudrais tant savoir
Quand un cœur veut parler le langage d'amour
Tout autour de moi
Ne t'aurais-je qu'une fois
On a l'âge que l'on parait"


Jupons de couleurs vives, amples, virevoltant au son des tabourins et des flûtes. Atmosphère chaude, braseros crépitants. Claquements de mains, au rythme de la musique…

" Danse Magdalena, DANSE !"

Cliquetis de bijoux, grelots aux pieds. Elle tourbillonne, évolue librement sur la piste de terre battue. Ses pieds frappent le sol, soulèvent des nuages de fumée. Ses mains s’entrelacent, mouvements amples et gracieux. Ses doigts caressent lentement l’air. Les flammes lui rendent la pareille, l’accompagnent dans sa danse folle.

Ils sont tous là ce soir. Elle voulait divertir la caravane. Comme à chaque fois, ils ont tous répondu présents ; Personne ne veut manquer les danses de Magdalena. Elle hypnotise, envoûte, charme… Elle rend fou…

Lentement, ses gestes se font plus lents. Alors, elle se met à chanter. D’une voix pure. Elle appelle la pluie… Elle appelle celle qui les fait vivre… Thyya sa mère, Thyya la belle, la regarde danser. Bras croisés sur sa poitrine, elle donne le signal d’un mouvement de tête. On jette quelques poudres dans les braseros. Une épaisse fumée s’en dégage. Le feu est de couleur bleue à présent. L’atmosphère est chargée d’une odeur hallucinante. Les femmes font vibrer leur langue…

Il est temps de commencer le rituel…

Lentement, doucement, elle reprend sa danse. Tel un serpent doré, elle ondule, laissant ses longs cheveux noirs jouer avec son visage. Vipère ou couleuvre… Naja… Elle se cambre, fait frémir le haut de son corps. Les vagues de ses bras rappellent la mer.. La bouche à moitié ouverte, elle l'invite encore et encore… Les flammes se reflètent sur sa peau… Rouge, jaune… Bleu… Cuivrée… Milles et une couleur voguent sur le corps de la Bohémienne. Ses jupes suivent les mouvements de ses jambes. Petit à petit, elle laisse partir son buste en arrière. Elle touche presque le sol… Alors elle ouvre grand les yeux, ces yeux d’un bleu si clair et si limpide..

Et la première goutte d’eau s’écrase sur le sol…

« Tu as été la première de cette lignée..
Il t’a souvent appelé à lui
Mais tu as toujours refusé d’aller te perdre dans les Ténèbres
Préférant les caresses de l’eau
Aux morsures du feu…
Relève la tête Maria..
Accepte mon gage et devient celle
Qui fera briller l’Ombre… »


.°´¨ )
¸.·´¸.·´¨)‪
(¸.·´ (´¸.·°´¯`°° Dans Apei...

« Magdalena ! Magdalena ! »

Assise sur le bord de sa roulotte, la jeune bohémienne peignait ses cheveux avant de les nouer en une tresse lâche et de remettre ses turbans.

« Qui y’a-t-il Amê ? » Demanda-t-elle au jeune garçon d’à peine dix printemps.

« Thyya te demande… »

Magdalena sauta en bas de la roulotte. Elle n’avait que dix sept ans voire seize... Mais on lui en donnait plus… Peut-être moins. Pieds nus, elle avait deux étoffes vertes nouées dans sa chevelure noire ébène. Ses grands yeux bleus scrutaient l’horizon. Les épaules dénudées, elle laissait le vent s’engouffrer librement dans sa chemise blanche aux manches bouffantes. Sa jupe ample était décorée d’une étole orange, nouée à sa taille. Une créole à son oreille droite, trois ou quatre colliers autour de son cou… Une croix… Ses multiples bracelets s’entrechoquaient à chacun de ses pas…

Elle avançait, l’air sévère et grave, vers la roulotte de sa mère. Thyya était devenue la chef de la caravane suite à la mort de son mari. Chef de la tribu des Anir. Elle avait une trentaine d’années. La peau claire et lisse. De grands yeux noirs. L’air dur… Insensible ? Non… Thyya avait simplement une lourde responsabilité sur ses épaules de femme… Elle était sublime dans son corset noir superposé à sa grande chemise blanche. Chacun de ses gestes est accompagné par le tintement de ses bracelets. Elle était belle Thyya… Elle était la Mère… Sa Mère…

« Magdalena, j’ai besoin de toi cet après-midi… »

Thyya se tenait devant sa roulotte. Ses mains fines sur ses hanches, elle regardait venir sa fille le sourire aux coins des lèvres. Magdalena soupira… Elle qui voulait avoir sa journée…

« Ne fais pas cette tête ma fille … » Elle lui prit délicatement son menton d’une main…

« Hum… Que puis-je pour toi mère… »

« Une partie de la troupe va dans la ville voisine cet après-midi… J’aimerai que tu en face partie… Nous avons besoin d’argent, on commence à être vraiment limite au niveau nourriture… »


Magdalena fit une grimace…

« Pourquoi tu ne demande pas à Tamimt d’y aller… Elle danse bien elle aussi… »

« Oui, mais pas aussi bien que toi… Et tu le sais… Allons Magdalena, fais donc un effort… C’est pour la caravane… Tu sais bien qu’à chaque fois que tu te produis en spectacle, nous récoltons pas mal d’argent… »

« Mais… »

« Ne discute pas fille… J’ai besoin de toi… Va te préparer… Demande donc à Zak qu’il vienne aussi… A deux, vous faites une forte impression… »


Magdalena haussa les épaules et retourna vers sa roulotte… Elle n’avait de toutes façons pas le choix… Arrivée à l’intérieur de sa roulotte, elle prit un sac et fourra rapidement tout ce qui lui passer sous la main.

-Toc Toc -

« Deux minutes j’arrive…. »

« Ne te presse pas Lena… On a encore une heure devant nous… »

« Zak ? Mais qu’est ce que tu fais là ? »

« Ta mère m’a demandé de venir avec vous… »

« … »


Magdalena se détourna de l’être à la peau d’ébène et continua de faire son sac… Cela faisait maintenant plusieurs mois que Zak’tael s’était installé avec les Anir. Il était apparu par un soir d’orage… Un soir comme Magdalena les aimait tant. Les hommes de la caravane l’avaient pris pour un voleur. Mais personne n’osait s’élevait contre les décisions de Thyya. Magdalena avait présenté Zak à sa mère. La chef des Anir avait tout de suite apprécié cet être singulier, à la peau noir… Un drow… Elle lui avait offert sa confiance et sa bienveillance par le salut des Anir, ce baiser au creux de la main. Ainsi donc, Zak’tael le drow, était devenu un Anir. Aujourd’hui, comme tout bohémien qui se respecte, on lui avait offert sa roulotte. Il aidait les Anir lors de leurs représentations. Doté de magie, il était la vedette de leur spectacle, avec Magdalena. Tous les deux formaient un duo des plus surprenants… Elle, dansait. Lui, jouait avec ses Ombres…

Ils étaient route pour la ville la plus proche. Une petite bourgade d’un millier d’habitants. Le soleil était haut dans le ciel ce jour là… Comme d’habitude, l’accueil des habitants était à jouer à pile ou face… Chaleureux ou complètement glacial… Le mot d’ordre, comme à chaque représentation que les Anir faisaient, était le respect le plus total… Si les villageois ne voulaient pas d’eux, ils reviendraient au campement…

« Mesdames et Messieurs, grands et petits, c’est avec une immense joie que la compagnie des Anir se représentent aujourd’hui dans votre ville… »

Pour une fois, il n’y avait pas eu de problèmes… Les villageois leurs avaient indiqué sans réticences la place centrale, sur laquelle les Anir s’étaient installés. Les habitants s’étaient tous regroupés autour des gens du voyage, les yeux grands ouverts, les bouches débordantes de questions. Les gamins courraient autour des bêtes, se lançant des défis…

Magdalena se préparait lentement, prenant son temps pour accrocher ses cheveux en un chignon lâche. Elle fixa sur son front une sorte de diadème, fait d’onyx brillants. Depuis leur arrivée dans la ville, elle était restée silencieuse comme une tombe. Zak’tael l’observait dans l’ombre.

« Quelque chose ne va pas Lena ? »

Il a finit par lui demander, par lui poser la question qui lui brûler les lèvres depuis un moment. Il la sentait inquiète, soucieux, nerveuse… Il n’avait pas tort…

« Je le sens pas ce spectacle Zak… Je le sens pas… J’ai l’impression qu’il va se passer un truc de monstrueux… »

Elle regarda soucieuse la piste qu’on était entrain de montrer… Les baquets d’eau, les braseros… Le feu… Elle détourna lentement son visage et fixa le sol…

Il encadra ses épaules de ses mains.

« Allons Lena… Que veux-tu qu’il arrive ? »

S’il savait… S’il avait su… Il ne lui aurait jamais dit ça…

Ce jour là, Magdalena la bohémienne dansa avec l’eau…

« Si j’avais pu comprendre… Beaucoup plutôt
Si j’avais pu lire… Bien avant…
Alors j’aurai regardé les nuages danser à l’envers
J’aurai écouté le murmure de l’eau divine
Se nourrir de cet espoir éclatant
Exploser le cristal noir
Pour trouver la pierre de Lune…
Alors ils n’auraient pas fait de la croix ton calvaire
Ô Divin…
De tes doigts j’ai reçu mon salut…
De ton baiser ma force
De mes larmes j’ai lavé tes pieds
Ce soir, je te le promets
Je ne jouerai plus la catin…
Je serai Maria Magdalena… »
Dernière mise à jour de cette page le 06/05/2005

Créer un site internet gratuit avec E-monsite.com - Signaler un contenu illicite - Voir d'autres sites dans la catégorie Pages personnelles
Videos Droles - Clips musique - Cours création de site web