( L'enfer... C'est les autres... )
« C’est la volonté du roi… Je ne peux rien faire contre… »
« … »
Il se mordit la lèvre inférieure. Il savait que s’il l’a prêtée, il ne la retrouverait pas entière.
« Margot… » Il tendit sa main vers le visage de sa femme. Elle détourna la tête. Des larmes perlaient sur ses joues.
« Ma mie, ne pleurez pas… Je vous en conjure… »
Mais c’était plus fort qu’elle… Margot n’arrivait pas à retenir ses larmes. La rage bouillonnait à l’intérieur d’elle. Une rage dirigée contre le Roi, contre le Monarque. Mais elle ne pouvait rien faire. Lui non plus l’ailleurs. C’était sa volonté… Divine, lui disait-on… L’appel de la chair, plutôt…
Elle savait que son Seigneur tournait autour d’elle depuis un petit moment déjà. Mainte fois elle avait refusé ses avances, clamant son entière dévotion pour son mari, le Marquis de la Gardère. Mais le Roi était têtu et gourmand… Il avait déjà plusieurs maîtresses mais cela ne lui suffisait pas. Il aimait en avoir toujours plus. Se contenter de ce qu’il avait ne lui satisfaisait pas.
Elle redressa la tête, inspira longuement, ravalant ses larmes.
«… Partons mon cher… Quittons ce pays… Allons ailleurs… ». Elle regardait à présent son mari droit dans les yeux.
« Je ne peux, Margot… J’ai des responsabilités à tenir… » Il détourna son regard du sien, n’osant pas affronter ces yeux qu’il aimait tant.
Elle s’approcha de lui et glissa ses mains sur ses épaules. « Mais… Nous pourrions recommencer notre vie ailleurs… Non? »
Il pris ses mains dans les siennes. « Si le Roi s’en rend compte, il nous enverra une escouade… »
Elle laissa tomber ses mains de désespoir. Ainsi donc, elle devait se résoudre à être le jouet d’une nuit de son roi. Pour pouvoir garantir la vie de celui qu’elle aimait. Elle se dirigea vers la fenêtre, écarta légèrement le voile et regarda par la fenêtre.
« … Bien… J’irai trouver le roi si c’est ainsi… »
« Margot… NON ! » Il se rendit près d’elle à grand pas. « Vous ne pouvez faire cela… Je ne peux le concevoir…Vous… vous… » Il sera ses poings de rage. « Non… oh non, grand jamais, je vous laisserai aller le voir… »
« Mais alors que me proposez-vous? Nous n’avons pas trop le choix… »
Il ferma les yeux un instant. « Je préfère qu’il me bannisse plutôt qu’il vous salisse… »
Elle resta muette à ses dires. Puis, lentement, elle posa sa main sur son visage. Il pleurait à son tour. Jamais elle ne l’avait vu pleurer…
« Anselme… Nous n’avons pas le choix… ». Elle caressa doucement son visage. « Je dois y aller… Je ne veux pas vous perdre… »
La nuit suivante, elle dînait en tête-à-tête avec le Roi. Elle s’était habillée le plus simplement possible. Pendant tout le repas, elle n’avait pas décroché un seul mot, gardant le regard fixe sur ses mains. Puis était venu le moment de monter dans la chambre. Moment qu’elle redoutait. Elle ne voulait pas… Surtout pas…
Alors le Roi, qui était largement plus épais qu’elle, la prit par le poignet et la traîna de force dans sa chambre. La montée des escaliers fut un calvaire pour Margot. Buttant sur toutes les marches, elle espérait retarder de la sorte l’entrée dans la chambre.
Mais il était beaucoup plus fort qu’elle. Et elle n’était pas encore un vampire à cette époque…
Ils étaient enfin dans la-dite pièce. Luxueuse. Les dorures omniprésentes rendaient presque aveugle la jeune Marquise. Puis elle se mit à pleurer. Se réfugiant dans un coin de la chambre. Le roi, qui avait bu plus que la normale, la regarda presque attendri.
« Allons ma chère, ne pleurez pas tant… Je vous dégoûte tant que cela? »
Elle ne répondit pas, portant ses mains à son visage pour le cacher. Le roi se déshabilla lentement.
« Si vous me donnez ce que j'attends de vous ce soir, votre mari sera promu Maréchal de France. Il sera quelqu’un d’important dans ma cour. Il sera respecté, envié et vous glorifié. Cette perspective ne vous plait donc pas? ». Il n'était maintenant plus qu’à quelques pas d'elle. Il lui tendit la main.
« Allons, venez… Je ne vous demande pas grand chose… Juste une nuit avec vous… »
Elle ne broncha pas, continuant à se recroqueviller sur elle-même. Dans un excès de violence, il la leva et la jeta sur le lit.
Une nuit d’enfer…
Les jours qui suivaient n’étaient pas mieux. Tous les regards de la cour se tournaient sur elle et son mari. Tout le monde savait… Y compris la Reine.
La souveraine n’était pas une femme facile. Hautaine et froide, elle méprisait d’un simple regard ceux qu’elle n’aimait pas. Margot en faisait partie. Elle détestait cette « Petite Marquise de pacotille à la beauté énervante ». Et elle lui faisait voir.
Mais trois jours après cette fameuse nuit, la Reine offrit un bouquet à Margot. Soit disant pour « mettre fin aux anciennes rivalités ».
C’était un magnifique bouquet de fleurs de lys blanc. Margot ne comprit que trop tard le geste de la Reine. Le bouquet était empoisonné. Ce qui coûta la vie à la Marquise.
Pour honorer « une personne remarquable de la Cour, tant par son esprit que par son dévouement à l’altruisme », le Roi offrit une sépulture en fer de Venise à Margot.
On l’enterra le 26 Novembre 1585. Il neigeait ce jour là…
Le trois décembre de la même année, Margot revint à la vie. Son « géniteur » avait pour nom Hugo Delaurme. Il était une créature de la Nuit, un vampire… Il était présent dans la cour du Roi. Margot l’avait vu plusieurs fois auparavant. C’était un riche et illustre marchant. Ils ne s’étaient pourtant jamais parlés mais elle avait l’impression de connaître tout de sa vie. Le « Partage ».
Elle vit mourir Anselme. L’âge et la tristesse avaient eu raison de lui. Elle veillait sur lui, dans l’ombre. Elle était devenue son ombre. Elle était devenue son souvenir. A tout jamais…
Dernière mise à jour de cette page le 06/05/2005