¤ Butterfly ¤
}`|´{ Folie Pour Folie, Prenons Les Plus Nobles... }`|´{
- « Allez Fol, donne-m’en un peu… »
- « Dégage j’ai rien pour toi… »
- « Allez, s’te plait… »
- « Trace ta route j’ai dit… »
Elle continua sa route comme si de rien n’était… Les mains dans les poches, ses cheveux rouges en bataille, le regard fixé sur le sol, elle avançait lentement, zigzaguant légèrement.
L’autre était resté là, comme un con, les mains tendues…
- « Woué, c’est ça, casse-toi… CASSE-TOI ! »
Les rues du village étaient sales et jonchées de détritus… Normal, tout le petit peuple était « encaissé » là… Il y avait des visages sombres, des regards méfiants… Des êtres étranges et singuliers… Ca gueulait dans tous les sens, ça grouillait partout… Ces mômes qui courraient pieds nus dans la boue, ces femmes qui attendaient appuyées contre les murs de leurs baraques…
Tout ceci était le paysage quotidien de celle qu’on appelait Fol Pensée…
Le visage creusé, les yeux légèrement exorbités, elle avançait encore et encore… Elle était dans son monde et à force, ne voyait plus celui qui l’entourer.
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Ses habits faisaient un énorme contraste avec la pauvreté des lieux. Un long manteau noir, des cuissardes rouge foncé cirées impeccablement, une chemise bouffante blanche, de longues mitaines noire maintenues par des lanières de cuir rouge, un pantalon ébène remarquablement repassé…
La Fol Pensée était reconnaissable au premier coup d’œil.
Fol Pensée… La Folle guérie… Les Pensées folles… On ne savait plus vraiment pourquoi on l’appelait de la sorte à force…
- « C’est moi… »
- « Bonsoir mon ange, tu as bien travaillé aujourd’hui ? »
Sa mère l’embrassa sur le front, comme d’habitude… Son travail ? C’était tout ce que contenait cette petite mallette qu’elle baladait toujours avec elle…
Cocaïne, crack et autres poudres hallucinantes…
Elle monta rapidement dans la pièce qui lui servait de chambre. Un lit dans un coin, une petite table près de la fenêtre… C’était tout… Posant sa mallette sur le guéridon, elle l’ouvrit d’un mouvement de poignet… Laissant glisser ses doigts sur les différents petits paquets, elle finit par s’arrêter sur un à la poudre bleue… Refermant sa mallette d’un coup sec, elle alla sur son lit et la glissa dessous. Ni vu ni connu…
Elle ne prît même pas la peine de retirer son manteau et ses bottes et se cala confortablement sur son lit.
Le voyage allait commencer…
Ô douces sensations… Planer… C’était son quotidien… Voler sans ailes, marcher sur les nuages, caresser la lune du bout des doigts… Voyager sans bouger de sa piaule…
Qu’est ce qu’elle aimait ça… Voir danser les papillons…
- « Chérie, c’est l’heure de manger ! »
Et redescendre brusquement, appelé par la réalité…
Elle se releva avec difficultés, vacillant légèrement… Chopant sa mallette, elle descendit de sa chambre et se dirigea vers l’extérieur…
- « Tu ne mange pas mon ange ? »
- « J’ai pas faim M’man… »
- « Tu retourne déjà travailler ? »
Fol Pensée s’arrêta un instant et regardant dehors…
- « Oui… »
La porte se ferma en un claquement… Relevant un peu le col de son pardessus, elle s’engouffra dans la nuit. Elle savait qu’au détour d’une rue elle trouverait, comme chaque soir, quelqu’un qui aurait besoin d’elle…
Comme toujours…
Au son de l’harmonica, elle avançait lentement.
Butterfly…
Ses pas la menaient toujours au même endroit. Cette grande maison triste aux murs délabrés… Cette vieille maison qui criait sa peine. Cette antique demeure aux fenêtres crasseuses…
Il était toujours là… Toujours dans son immense chambre, calé sur son lit d’enfant…
Alexander…
Ce môme de douze ans…Ca faisait une éternité qu’il avait douze ans… Cet ange au sourire étrange, qui parlait aux oiseaux…
Au son de l’harmonica elle avançait lentement.
“You're a butterfly in the mind
You're a butterfly before my eyes
You're a butterfly, a trick of time”
L’enfant oiseau… Le papillon fou… Etrange duo… Fol Pensée s’arrêta un instant sur le seuil de la porte… L’harmonica parlait à sa place… Et les papillons dansaient devant ses yeux. Ces papillon d’or, brillants, virevoltants… Elle les faisait voler avec ses notes de musique. Elle les faisait valser. C’était à chaque fois pareil. Le mirage de ces petits insectes aux ailes fragiles envahissait sa vision. Après chaque rail, après chaque came… Elle ne voulait pas les laisser partir. Ils étaient si beaux. Si gracieux.. Si doux… Si éphémères…
- « Fol ! FOL !!! »
Tuer les papillons, les écraser avec ses grosses mains… Le con… Il avait massacré le ballet des dorés…
- « Qu’est ce’tu veux Ed ? »
- « T’en as aujourd’hui ? T’en as refait ? »
- « Non… J’ai pas eu l’temps… » Elle rangea son harmonica dans la poche de son manteau et reprît sa mallette dans une main.
- « Putain, tu crains Fol !!! J’fais comment moi ? »
- « Tu fais comme d’hab Ed, t’attends et tu t’en passe pour aujourd’hui… » Elle secoua sa tête lentement. Ses cheveux rouges en bataille lui recouvraient la moitié de son visage.
- « Mais bordel Fol, chuis en manque !!! Merde quoi t’assure pas là ! »
- « Et alors, c’pas mon problème… »
Lorsqu’on est accro, on est capable de tout… Ed était sérieusement en manque de «
Fury », cette drogue que fabriquait Fol Pensée… Ce stupéfiant qu’on s’injecte dans l’œil et qui vous met dans une transe surprenante en l’espace d’une minute… Cette came qui décuple vos capacités physiques, qui vous rend plus rapide, plus fort… Ed était un boxer. Il pratiquait les combats de rue. Illégale évidemment… Il était tombé dans le «
Fury » après sa deuxième défaite… Depuis il ne perdait plus aucun combat. Produit miracle, qui vous bousille le cerveau, qui vous ronge l’esprit..
- « RHAAAAAA J’en ai vraiment besoin là !!!! Tu l’vois pas ou quoi !!!! »
Il venait de la choper par le col… De la soulever de quelques centimètres.. Elle avait laissé légèrement tombé sa tête en arrière. Sortant une cigarette de sa poche, elle l’alluma tranquillement.
- « Mon pauvre Ed, tu es si pitoyable… »
Recrachant la fumée au visage du boxer, elle le fixait droit dans les yeux. Ses iris étaient devenus blancs à force de se droguer. Ca lui faisait un regard hallucinant, dérangeant… Ed balbutia quelques mots et finit par relâcher Fol. Il n’avait plus de vigueur et dans son état, le moindre effort lui était insupportable. Se recroquevillant sur lui-même, il se mit à baver, rallant tout ce qu’il pouvait…
- « Non mais regarde-toi… Tu fais pitié mon pauvre Ed… »
S’agenouillant, elle ouvrit sa mallette et en sorti un petit paquet de poudre bleu. Elle lui lança d’un geste vif. L’attrapant comme un lion saisit sa proie, Ed plaqua la marchandise contre lui, comme un précieux trésor, inestimable bijou…
- « Les Larmes de l’Ange… Ca te calmera en attendant ton Fury… Barre-toi maintenant.. J’veux plus te voir… »
Le boxer, hébété, détalla comme un lapin, manquant à plusieurs reprises de se casser la gueule sur les trottoirs boueux de la rue. Le regardant fuir comme s’il avait vu la mort, Fol écrasa sa cigarette sur le mur de la maison… Elle décrocha un maigre sourire et baissa la tête. Se retournant vers la maison, elle regarda vers la fenêtre de l’enfant. Elle savait qu’il avait tout vu…
Poussant la porte du bout des doigts, elle pénétra dans la vieille baraque…
- « Alexander ! Tu es là ? »
Planté en haut de l’escalier, le maigre Ailé la regardait de ses grands yeux gris. Sa peluche disloquée à la main, il lui sourit lentement. Fol Pensée releva la tête et fixa l’Ange. C’était le seul papillon qu’on ne pouvait tuer… C’était le seul papillon qui dansait éternellement. Le seul papillon… D’un mouvement de menton amusé, elle le salua.
- « Où veux-tu que je sois, Folie Rouge, où veux-tu que je sois… »
Haussant les épaules, elle sortit de sa poche gauche un petit paquet blanc et lui tendit.
- « J’ai des biscuits pour toi… Descends, attrape ! »
D’un bon, Alexander se retrouva en bas des escaliers. Il arriva près d’elle et prit délicatement le paquet dans ses petites mains. L’inspectant sous toutes ses coutures, il avait les yeux brillants…
Un enfant… Un simple enfant…
Alors lentement, la Fol Pensée glissa ses doigts dans la chevelure noire du Papillon..
Alors lentement, elle le prit dans ses bras…
Alors lentement, elle protégerait son Papillon éternel…
“You're a love song
Only half-way sung
You're the knot that comes undone
Dressed as darkest night
The flight of a stringless kite
The very vision
The mirage man
You're air in the palm of my hand
You're like catching
The day's sunset
O rain that's never wet
You're a butterfly in the mind
You're a butterfly before my eyes
You're a butterfly, a trick of time
Who leaves before he arrives…”
[Butterfly -Words by Chirs Mosdell -Music and Arranged by Kanno Yoko]Dernière mise à jour de cette page le 12/09/2005