La Sorcière du Gévaudan...

Imaginez une terre reculée, oubliée de tous.
Imaginez des paysages sauvages, aux vallées encastrées et à la végétation farouche.
Imaginez une terre de légendes, où les histoires se content le soir autour d’un feu.
Imaginez un «pays » peuplé de «petits gens » où la méfiance et la peur de l’étranger sont encore omniprésentes…

Aujourd’hui encore, peu de personnes connaissent cette terre. Elle reste mystérieuse et bien cachée. Pourtant à une époque, ce « pays» a bien fait parlé de lui. Sans vraiment le vouloir…

Avant, on lui avait donné le nom du « Pays de la Bête »…

Alors laissez-vous guider. Laissez-vous conter l’histoire. Fermez les yeux et revenez dans le passé… Voyagez au cœur du Gévaudan.


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Le bruit strident d’une clé rouillée qu’on tourne dans une vieille serrure. Le grincement d’une lourde porte en bois.

- « Lizon ? »
Il s’arrêta net voyant la jeune fille pleurer.
- « Où est-elle ? »
- « De…Dehors mon Père… »
- « COMMENT ? »

Le Curé s’approcha d’un bond de la servante. La prenant par les épaules, il serra ses mains.
- «Combien de fois devrai-je te le dire Marie ? Combien ! Tu le sais bien que Lizon ne doit pas sortir. Tu le sais non ! »
- « Arrêtez mon Père, vous me faites mal… »

De rage, il la poussa un peu et plaça ses doigts de chaque coté de son nez. Se calmant lentement, il murmura d’une voix sombre.
- « Tu iras la chercher Marie… Et que Dieu te protège ma fille… »
La porte claqua violement. Elle étouffait légèrement les pleurs nerveux de Marie. Là-bas au loin, le soleil commençait à décliner…

1765. À cette époque, il ne faisait guère bon de sortir seule sur les terres du Gévaudan. Surtout lorsque vous êtes une jeune fille d’à peine vingt ans. Marie, la jeune servante le savait bien… Lizon aussi.
Le bruit courait, depuis quelques mois déjà, qu’une Bête féroce et meurtrière rodait dans les parages. Elle avait pour habitude de s’attaquer aux jeunes filles ou aux jeunes enfants.
Le pays était en ébullition. Des battues s’organisaient çà et là pour tenter de mettre un terme au règne de terreur du Monstre. Sous la direction du Capitaine Duhamel, dix-sept Dragons étaient venus en Gévaudan pour protéger la populace des attaques de la Bête.
Mais la « Beste» était rusée. On disait qu’elle évitait les pièges, les rabatteurs… Qu’elle narguait les Dragons du Roy avec sa gueule horrible… On disait aussi que les balles des arquebusiers ne lui faisaient rien. Elle se relevait toujours.

Une description de la Bête avait été placardée un peu partout, tenant en alerte les habitants des villages les plus reculés.

« Il est beaucoup plus haut qu’un loup : il est bas du devant & ses pattes sont armées de griffes. Il a le poil rougeastre, la teste fort grosse, longue & finissant en museau de Lévrier. Les oreilles pointues, droites comme des cornes, le poitrail large & d’un poil gros ; le dos rayé de noir et une gueule énorme. Ses dents sont si tranchantes qu’il a séparé plusieurs testes du corps comme le pourroit le faire un razoir. Il a le pas lent et il court en bondissant. Il est d’une agilité & d’une vitesse extresmes. Il se dresse sur ses pieds de derrière et s’élance sur ses proies… »

L’homme d’Eglise avait lu et relu la description. Imaginer la Bête… Le portrait qu’il s’était dressé d’elle n’avait rien d’angélique… Tournant en rond dans la pièce principale de son diocèse, il attendait le retour des deux filles. Il savait qu’il venait d’envoyer Marie dans la gueule du Loup… Mais il n’avait pas d’autre choix. Lizon ne devait pas être vue…

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- « Lizon ! Lizzzzzzzzzzzzzooooooooooonnnnnnn !! »
Marie avançait péniblement sur les chemins tracés par les bêtes de somme. Sa longue jupe s’accrochait à chaque broussaille. Elle avait beau relevé jupons et autres pièces de tissus, rien n’y changer…

- « LIZON ! Mais bon Dieu, où qu’elle est passée la Folle ? »
Marie était une jeune fille d’une quinzaine d’année. Ses parents l’avaient mise au service du Curé de St Privat Du Fau pour quelques sous. C’était une gosse paisible. Un peu étourdie mais pleine de bonnes volontés. Le Curé lui avait confié la surveillance de Lizon dès l’arrivée de cette dernière. On disait dans le village que la Lizon était atteinte d’un mal incurable et que seule la présence d’un homme d’Eglise à ses côtés pouvait la tenir tranquille…
Marie avait peur de Lizon… Comme beaucoup de monde… Lizon avait parfois des réactions étranges. Certaines nuits, elle se mettait à gratter frénétiquement la porte de sa chambre. Elle parlait peu voire pas du tout… Son visage ne reflétait aucune expression. Ni colère, ni joie. Son teint porcelaine renforçait son image de malade. Ses cheveux étaient couleur feu. Des flammes ondulantes. Ses yeux étaient d’un bleu clair, limpide et sa pupille était sertie d’une auréole jaune. Dotée de magnifiques habits, Marie n’avait pas eu grand mal à comprendre l’origine de Lizon. Mais personne ne savait vraiment qui elle était… Souvent, on racontait qu’elle était une fille d’un noble, mis à l’écart car son esprit était envahi par les Démons…

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Mais Marie n’avait guère le temps pour réfléchir. Le temps passait vite et déjà l’heure du « Chien et loup » venait de tomber. Encore quelques heures et la lune pointerait son nez. Il fallait faire vite. Très vite…
Essoufflée, la petite servante venait enfin de pénétrer dans une clairière. On était au mois de juin et le temps était encore clément. Malgré cela, Marie n’arrêtait pas de frisonner…

La peur…

- « Mad’moiselle Lizon ? Vous êtes là ? Mad’moiselle Lizon ? »
Le vent faisait bouger les branchages des grands feuillus. Le vent ? Il n’y en avait pas avant… Les broussailles s’agitaient elles aussi.
Puis le silence. Lourd. Plus rien…
Juste la respiration de Marie. Trois pas en arrière Elle se sentait observer. Son cœur s’emballait. Elle remonta rapidement ses jupes et se mis à courir en direction du village. Deux pas encore… Et quelque chose venait de la choper par le col. Une force incroyable, vive et brute. Marie tomba à la renverse. Un souffle chaud, rauque. Un grognement sourd… A quelques centimètres de son oreille.

La Bête…

- « Lâche ! »

Plus rien. Marie était à terre, recroquevillée sur elle-même. Elle attendait que les terribles crocs du monstre lui transpercent l’échine.
Rien… Plus rien…

Le sol était martelé de pas lourds. La Bête se mit à rugir à nouveau… Des hurlements en guise de réponse… Plein… Des loups.
La petite servante se risqua enfin d’ouvrir les yeux. Là devant elle, brillaient des dizaines de petits points, couleur ambre. Une silhouette, humaine, à moitié fondue dans la nuit noire, lui faisait face… Des cheveux aux reflets feu… Une main tendue, blanche et fine…

- « Rentrons Marie, il se fait tard… »

La voix de Lizon était grave et mélodieuse… D’un mouvement sec, elle fit lever Marie. Puis elle se tourna vers les Loups et d’un mouvement de main, les fit disperser. Marie se retrouva seule avec Lizon. Face à face, elle la fixa un instant dans les yeux.

- « Vous êtes le Malin Mad’moiselle… Le Malin… »
Marie ne s'arreta pas lorsqu’elle entendit le rire de Lizon raisonner dans la clairière. Encore moins quand les Loups se mirent à hurler à la mort…

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- « C’est une sorcière mon Père, UNE SORCIERE ! »
- « Calme toi Marie, et explique moi… »
- « Ah çà non, j’me calmerai pas mon Père… Elle parle aux loups, vous ne vous rendez pas compte ! J’veux pas rester sous l’même toit qu’elle… Ah non, j’m’en vais d’ce pas…»


Le Curé regardait Marie faire ses bagages, impuissant… Il la regardait s’activer sans rien dire. Il ne pouvait pas la retenir contre son gré, cela lui était impossible. Elle allait repartir chez ses parents…

Il en serait peut-être mieux ainsi…

- « Lizon ? Je peux entrer ? »
- « … »


Il finit par se rendre dans la chambre de la jeune fille. Elle était assise à même le sol, la tête appuyée contre le mur de pierre, les yeux fermés. Ses lèvres vermeilles étaient à moitié ouvertes, comme si elle parlait à voix basse…

- « Tu sais que tu as fait peur à Marie, Lizon… Pourquoi lui as-tu fait cette blague ? »

Elle éclata de rire et ouvrit les yeux. Lentement. Lizon fixait maintenant l’Homme d’Eglise droit dans les yeux.

- « Je ne lui ai pas fait de farce mon Père, comme vous le dites si bien. Loin de là… C’est elle qui était imprudente de s’enfoncer ainsi dans la forêt, surtout lorsqu’ELLE rode par ici… Marie le savait bien… »

Elle marqua une courte pose et esquissa un léger sourire…

« Je ne lui ai que sauvé la vie, rien de plus… Après si elle a eu peur, ce n’est point de ma faute mon Père… J’ai été polie pourtant, comme vous me le dites tout le temps… »
- « Arrête donc de te moquer de moi Lizon… Elle m’a dit avoir vu des loups. Plein… Et qu’ils t’entouraient. Elle m’a dit aussi que tu leurs parlais et qu’ils t’obéissaient…Lizon… Dis-moi… Dis-moi qui es-tu… »
- « Une meneuse mon Père… Une meneuse… »


Dehors, le vent s’était mis à souffler… Il apportait avec son chant les hurlements de Raido... Fermant les yeux, un sourire se dessina petit à petit sur ses lèvres de Lizon... Il était temps qu'elle aille les rejoindre...

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Si un jour, vous vous rendez en terres du Gévaudan, enfoncez-vous profondément dans une de ces grandes forêts au sous-bois humide...
Marchez aussi loin que vous pourrez, puis arrêtez-vous sous un arbre. Le plus grand de préférence.
Là, attendez que la nuit tombe...
Attendez...
Vous aurez alors peut-être la chance d'entendre ses loups hurler à la mort, lorsque l'astre de Minuit brille haut dans le ciel...
Vous aurez alors peut-être la chance d'apercevoir les cheveux enflammés de Lizon, la meneuse de loups...
Dernière mise à jour de cette page le 12/09/2005

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