( Margot se retire.. Iss entre en scène... )

Morphée lui avait tendu la main. Maintenant, Iss se trouvait en sa compagnie. Et comme toujours, son sommeil commençait par le même rêve. Un rêve récurant.

Hugo était là, assis dans un fauteuil. Ce fauteuil qu'autrefois occupait le Marquis De La Gardère.

Les jambes croisées, il tenait dans sa main ballante un verre de vin rouge. Il était beau. A la lueur d’un feu de cheminée, il semblait réfléchir. Ses lèvres étaient cachées par sa main libre.

Son visage était fin. Son teint, aussi blanc que la première neige, faisait ressortir ses yeux verts. Habillé d’une chemise à jabot, il n’avait pas quitté sa veste noire. Son pantalon, de la même couleur, était encore marqué d’un repassage irréprochable.

Il semblait attendre. Attendre quelqu’un… Peut-être quelque chose….

Margot était tapie dans l’ombre. Elle l’observait de profil. Bien qu’elle lui devait sa « seconde renaissance », elle n’éprouvait finalement pour Hugo qu’un profond respect… Mais sans doute pas de l’amour… Son unique amour était mort avec le temps et elle n’avait pas trouvé un être qui puisse le remplacer.

- « Eh bien ma chère, auriez vous peur de moi? ». Hugo entama la conservation. Il but une gorgée de vin. « Cela fait pourtant assez de temps que nous nous connaissons, n’est-il pas ? ». Le silence était revenu. Seuls les crépitements du feu rythmaient cette nuit particulière. « Allons, approchez, que je vous voie » … Il tendait la main en direction de l’ombre.

Margot avança. Arrivée à hauteur d’Hugo, il peut enfin la regarder. Elle portait une longue robe de dentelle noire. Ses cheveux, encore longs à l’époque, étaient ramenés au sommet de sa tête. Quelques épingles à chignon, ornées de perles blanches, maintenaient sa coiffure en place. Elle portait aussi un magnifique ras du cou en velours noir, agrémenté d’une pierre.

- « Vous êtes magnifique, Madame… ». Hugo, se levant lentement, posa son verre sur la table la plus proche, et baisa la main de sa création.

- « Pourquoi m’avoir demandé de porter cette robe, Messire? ». Margot paraissait troublée. Elle ne comprenait pas le jeu de son maître.

- « Il le faut, dans les grandes occasions… » La voix d’Hugo était remplie de mystère. Et sans un mot, il prit la main d'Iss et la guida sur le balcon.

Arrivés à l’extérieur, il lâcha la main de la vampire et alla s'appuyer contre la rambarde. Il regardait la lune. Margot, mal à l’aise, croisa ses bras et détourna le visage. Qu’avait-il derrière la tête? A quoi rimait toute cette mise en scène? Trop de questions se bousculaient dans les pensées de la jeune créature. Elles lui brûlaient les lèvres et pourtant, elle savait qu’elle aurait réponse à ses interrogations avant même d’avoir eu temps de les poser.

Elle ne l’avait pas vu se retourner. Maintenant, il n’était qu’à quelques centimètres d’elle.

- « Margot? », dit-il d’une voix soucieuse. Elle releva rapidement la tête. Ils étaient à présent face à face. Il lui caressa le visage. « J’ai un présent pour vous… ». Il sortit de sa poche un écrin noir. Il l’ouvrit. Dedans, posé sur de la soie blanche, une pendentif en argent brillait sous les rayons de la Lune.

Margot regarda le pendentif. C’était une espèce de croix, dont la partie supérieure était arrondie.

- « Qu’est-ce? » demanda-t-elle en touchant du bout des doigts le bijou. Elle ressentit aussitôt une douleur, comme une brûlure. Sans comprendre pourquoi, la vampire retira sa main.

- « Un Ankh… C’est un symbole égyptien. Celui de la vie éternelle. Ce sont les pharaons qui les portaient. »

Elle se tut. Elle savait ce que ce symbole disait pour Hugo. Il la voulait pour lui. Pour l’éternité.

Elle referma l’écrin d'un geste lent. « Je ne peux pas, Hugo… Je ne peux pas accepter un tel présent… »

- « Pourquoi, Margot? Après tout ce temps… Je pensais que vous auriez compris… »

- « J’ai compris, en effet. Mais je ne le peux… »

- « Margot… ». Hugo s’approcha un peu plus de Margot. Il voulait la prendre dans ses bras. La serrait contre lui. Elle se recula de quelques pas.

- « Ne me forcez pas à faire ce que je ne peux concevoir… », dit-elle, d'un ton sombre.

Sans la prévenir, il posa ses lèvres sur les siennes. Ce baiser était forcé, sans saveur.

Dégoûtée, elle voulait se débattre, arrêter cet affront. Jamais il ne s'était permis de faire cela. Sauf cette nuit. Il la serrait trop fort. Elle n'arrivait pas à se dégager. Sans comprendre pourquoi, sa main cherchait à tâtons l’écrin. Elle finit par le trouver. Il l’avait remis dans sa poche. Elle plongea alors sa main, ouvrit l’écrin d’un geste rapide et sortit l’Ankh. Hugo continuait à prolonger le contact. Et sans le prévenir, sans qu’il eut le temps de comprendre ni d'anticiper ce qu’elle allait faire, elle lui planta violemment le pendentif en plein cœur.

L’effet fut instantané et radical. Au contact de l’argent, qui était plongé directement dans son cœur, Hugo eut des spasmes. Il s’effondra sur les genoux, haletant. Il regarda vers son cœur et vit le pendentif dépasser de quelques centimètres. Lorsqu’il voulut l’enlever, Margot se jeta sur lui, la bouche ouverte. Ses canines vinrent se planter directement dans la gorge d’Hugo. Elle aspirait à présent par de longues lampées. Elle ne lui laisserait pas une seule goutte. Après, elle le brûlerait. Et partirait voir les Pyramides d’Égypte… Un froid intense parcourait tout son corps. Comme si elle avait perdu sa chaleur. Gelée de l'intérieur... Elle se nommerait désormais Iss, faisant une croix sur ce qu'elle avait été dans le passé...
Dernière mise à jour de cette rubrique le 06/05/2005

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